Le trajet, par habitude, fut retardé. Serrés les uns contre les autres, nous descendîmes finalement du train dès son arrivée en gare. Vous devez vous imaginer que la gare où nous descendîmes ne
fut pas la bonne. Nous l'imaginions aussi avant de questionner un contrôleur. Sans plus attendre, nous nous dirigeâmes vers le guichet de vente des tickets. Comparé à la foule que nous venions de
quitter, cette ville semblait inanimée. Sans plus être surpris, nous apprîmes par la vendeuse qu'il n'y avait plus de places pour quelconque trains en direction de Taiyuan avant plusieurs jours.
Désespérés, nous décidâmes de trouver plus tard une solution à ce problème.
Pressés de finir le trajet, nous cherchâmes un taxi pour nous mener à notre hôtel, préalablement réservé avant notre départ. Nous découvrîmes que cette ville en était démuni. Nous marchâmes un
moment à leur recherche. Nous dûmes finalement nous résigner à accepter l'offre qu'un conducteur d'une voiturette électrique à 3 roue nous proposait. Celle-ci se composait d'un unique
siège à l'avant (là où il n'y avait qu'une roue), et de 3 banc derrière celui-ci. Nous déposâmes tant bien que mal un maximum de valises sur le premier, et nous assîmes tous les 4 sur
les 2 autres, prenant avec nous le surplus de sac. La voiturette démarra, une fois que nous nous fumes arrangé avec le chauffeur de l'endroit où il devait nous mener. Une simple bâche, fixée
au sommet de l'engin et pendante en son bas, avait pour fonction de remplacer les portières. Celle-ci s'ouvrait et se fermait de l'extérieur. N'ayant pas de ceintures de
sécurités ni d'accoudoirs, nous crénions de tomber à chaque instant. Nous passâmes les remparts de la vieille ville et arrivèrent devant un hôtel.
Nous nous rendîmes compte que celui-ci n'était pas le nôtre, et que le chauffeur ne nous avait libérément pas mené au bon endroit. Il était en vérité employé de cet hôtel, et avait pour but d'y
amener des clients. Épuisés, las, nous hésitions à rester. Lorsqu'un homme, soudain, inattendu, sorti du bâtiment et se mit à nous parler dans notre langue!! Le chaleureux accent québécois
qu'avait ce monsieur nous réchauffa le coeur et nous rassura. Il réussit, avec facilité, à nous convaincre de séjourner dans cet hôtel. Il n'y trouvait que des qualités; le lit était grand, la
chambre propre et bien chauffée, le petit déjeuné copieux. Idéal. Nous fûmes accueillis par des gens aimables et souriants. Ils prirent le soin de prévenir notre hôtel de l'annulation de
notre réservation. Ils nous conduisirent ensuite dans la chambre.
Un unique lit, immense, remplissait toute la largeur de la pièce et ne laissait qu'un mètre de place sur la longueur. Il devait s'étendre sur 3 mètres de longueur et 2 de
largeur. Une salle de bain, munie de toilettes, finissait de remplir ce logement. Il y faisait chaud, le lit était confortable, les oreillers, épais. Nous nous rendîmes ensuite dans le hall
afin de discuter et de faire connaissance avec notre nouveau compagnon autour d'un bol de soupe. L'usage du français facilita bien sure nos échanges. Nous apprîmes alors que cet homme venait de
Datong, ville du Nord du Shanxi, où nous avions prévu de nous rendre après notre visite de Pingyao. Il nous racontait que, dans le contexte, cette ville était la plus moche qu'il
n'avait jamais vu. Il y faisait très froid, les distances étaient très longues, les paysages, très moches, et les gens indifférents. Nous savions maintenant que nous devions changer
notre programme.
Une fois bien installé, nous décidâmes de visiter la vieille ville où nous nous trouvions. Réchauffés grâce à la chaleur de l'hôtel, nous ne nous rendîmes pas compte au début que la température
dans cette ville était inférieure à celle de Taiyuan. Nous le découvrîmes cependant bien assez tôt. Celle-ci devait se siter entre -10 et -15°. N'ayant pas prévu de vêtements suffisamment chauds,
nous dûmes, tout le long du séjour, rentrer régulièrement dans notre chambre d'hôtel afin de nous réchauffer. Cependant, sa température commençait à baisser. Nous ne savions pas pourquoi, ni
comment y remédier. Nous essayâmes donc de nous réchauffer en marchant, ce qui ne fût pas une réussite. Nous nous rendîmes à un guichet de vente de tickets afin de pouvoir en
acheter dans le but de visiter les musées qui habitaient cette ville, et de pouvoir également nous promener sur ses remparts. Je tiens à préciser que le prix des tickets était
exorbitant. Le fait que la ville soit classé par l'ONU ne devrait pas influencer le prix de vente.
Le lendemain matin, après nous être reposé dans le même lit et avoir pris notre première douche, chaude, que nous avons accueillis avec bonheur et amour, et que nous n'avions pas pris
depuis les début de notre voyage, nous partîmes marcher sur les remparts de la ville. Il avait neigé la veille, et le sol était tout blanc. Nous ne vîmes, de notre arrivée à notre départ (il eu
lieu, en effet), qu'un nombre très médiocre de touristes. Cela expliquait peut-être le fait que, ce matin là, nous étions les premiers présent aux sommets de la ville. Nous fûmes satisfaits
d'être les premiers à imprimer nos empreintes dans la neige, blanche, douce et éclatante. Bien que les évènements qui avaient eu lieu depuis le début de notre voyage ne se soient
pas vraiment passés comme prévu, nous fûmes cette promenade dans la gaieté et le sourire, plaisantant sur nos aventures passées. Elles ne furent cependant pas pour autant terminées.
Nous nous réchauffâmes avec la marche et le temps, puis finirent par arriver à la fin, ou au début, de notre trajet.
Nous prîmes alors la harde tâche de chercher un magasin de restauration, ou un restaurant, comme on dit plus couramment, afin de satisfaire notre faim. Marcher produisait de l'énergie, et nous
n'avions pas eu beaucoup de temps pour recharger nos batteries. Nous tombâmes partout sur une cuisine similaire, surgelée, et fade. De plus, les prix n'étaient pas peu chers pour
des quantités plus que réduites. On aurait pu se croire en période de guerre. Nous mangeâmes donc, pendant notre séjour, le moins possible.
Nous comprîmes encore (je pense que nous comprîmes énormément) en visitant des musées, qui étaient à l'air libre, du fait qu'ils étaient en vérité d'anciennes maisons importantes de la
ville, pourquoi les prix étaient si chers. Nous vîmes, sur une photo du musée où nous nous trouvions, une scène qui se produisait en été. On ne voyait plus les façades du bâtiment tellement le
nombre d'étrangers comblait l'espace. Nous les vîmes en chemises courtes. Nous comprîmes alors que, pour le tourisme, nous n'étions pas venus à la bonne période...
Dès notre arrivée, nous avions prévenu l'hôtel que nous n'avions pas de train de retour. Aimablement, un jeune responsable se chargea de nous en chercher un. Nous lui dîmes ce que nous avions
entendu à la gare; qu'il n'y avait pas de tickets disponible pour notre trajet (Pingyao ->Taiyuan) avant plusieurs jours. Notre chinois réussit, après quelques dizaines de minutes passées
au téléphone, à acheter 4 billets de trains debout pour notre retour. Nous lui demandâmes alors s'il ne pouvait pas réserver un train afin que nous puissions quitter Taiyuan pour nous rendre à
notre prochaine destination; Qindao. Ne réussissant pas à nous trouver des billets pour ce trajet, nous décidâmes d'aller directement à Tianjin, notre prochaine destination. A la fin de
notre séjour, il nous annonça qu'une personne devait nous attendre à Taiyuan afin de nous fournir les billets, préalablement achetés. Il nous fournit l'heure et le lieu du rendez-vous.
Le temps passait finalement, et, las de revoir dans chaque musée les mêmes objets que dans les précédents, d'avoir si froid et d'avoir si faim, nous ne fîmes pas contrariés lorsque l'heure
du départ arriva. Je tiens à faire remarquer que, avant notre départ de la chambre, mon père trouva le moyen de rallumer le chauffage en tournant la molette située sur le radiateur. Nous fûmes
content de le découvrir, bien que cela aurait peut-être était plus utile lors de notre séjour dedans. Nous nous étions arrangés avec l'hôtel pour notre transport à la gare. Notre chauffeur
de l'aller nous conduirait pour notre retour.
Après avoir payé la chambre, les repas et les billets de train, nous embarquâmes dans la voiturette tandis que le chauffeur enfourchait son engin pour démarrer. Il s'aventura sur la route, et
dans un virage, à quelques mètre de l'hôtel, tomba nez à nez avec le camion des ordures, arrêté au milieu de la route. Après avoir insisté plusieurs fois pour qu'il déplace son
véhicule, nous dûmes attendre que l'ouvrier finisses, lentement et à son aise, de remplir la ben de son camion. Énervés de perdre ainsi notre temps, nous commencions, impatients, à douter de
notre heure d'arrivée à la gare. Après une dizaine de minutes d'attentes dans la voiturette, l'homme antipathique et qui ruisselait de sueurs par dessous ses habits sales et tâchés, finit
par dégager la voie. Nous pûmes, de plus en plus anxieux, poursuivre notre route. Nous avions évalué à l'aller qu'il fallait approximativement un quart d'heure pour parcourir la
distance de la gare à l'hôtel. La surprise qui nous fit stresser, douter, et paniquer plus que tout, fut que la batterie de la voiturette électrique n'avait pas était rechargée et
qu'elle était à présent presque vide. Nous n'avancions pas. L'heure tournait. Nous voyions les secondes, les minutes, qui s'écoulaient lentement sous nos regards impuissants. Les vélos sur
les côtés nous dépassaient. Peut-être roulions nous à 15km/h, ou un peu moins. Nerveux, impatients, nous espérions que la chance nous permettrait de monter dans le train. Nous arrivâmes
finalement à la gare, 2 minutes avant son arrivé.
Écrit par Pierre Coullandreau avec l'aide d'Alexina